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des crimes et des révoltes de leur parti, poussaient moins vigoureusement leur sainte guerre contre les

    382.) 2o. Par une extension du mot, païen et campagnard devinrent presque synonymes. (Plin., Hist. natur., XXVIII, 5.) L’on donna ce nom au bas peuple des campagnes, et il a été changé dans celui de paysans par les nations modernes de l’Europe. 3o. L’augmentation excessive de l’ordre militaire amena la nécessité d’une dénomination corrélative (Essais de Hume, vol. I, p. 555), et tous ceux qui ne s’enrôlaient point au service du prince étaient désignés par l’épithète dédaigneuse de païens. (Tacit., Hist., III, 24, 43, 77 ; Juvénal, Satyr. XVI ; Tertullien, De Pallio, c. 4.) 4o. Les chrétiens étaient les soldats de Jésus-Christ ; leurs adversaires, qui refusaient le sacrement ou le serment militaire du baptême, pouvaient mériter la dénomination métaphorique de païens ; et cette expression populaire de reproche fut introduite dès le règne de Valentinien, A. D. 365, dans les lois impériales (Cod. Théod., l. XVI, tit. II, leg. 18) et dans les écrits théologiques. 5o. Les villes de l’empire furent peu à peu remplies de chrétiens. L’ancienne religion, du temps de Prudence (adversus Symmachum, l. I, ad Fin., et Orose, in Præfat. hist.) se retirait et languissait dans les villages. Le mot de païen, avec sa nouvelle signification, retourna à sa première origine, et les païens devinrent des paysans. 6o. Depuis l’extinction du culte de Jupiter et de sa famille, on a donné le nom de païens à tous les idolâtres ou polythéistes anciens et modernes. 7o. Les chrétiens latins le donnèrent sans scrupule à leurs ennemis mortels les mahométans, et ainsi les unitaires les plus purs n’échappèrent point au reproche injuste de paganisme et d’idolâtrie. Voyez Gérard-Vossius, Etymologicon linguæ latinæ, dans ses ouvrages, t. I, p. 420 ; Commentaire de Godefroy sur le Code de Théodose, t. VI, p. 250 ; et Ducange, Mediæ et infimæ latinitatis Glossar.