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ment l’influence ou l’abus de l’inflexibilité d’esprit puisée dans le caractère et les principes de la nation juive.

Caractère général des sectes chrétiennes. A. D. 312-361.

Le simple récit des divisions intestines qui troublèrent la paix de l’Église et déshonorèrent son triomphe, confirmera la remarque d’un historien païen, et justifiera les plaintes d’un respectable évêque. L’expérience avait convaincu Ammien que les chrétiens, dans leurs mutuelles animosités, surpassaient en fureur les bêtes féroces que doit le plus redouter l’homme[1] ; et saint Grégoire de Nazianze se plaint pathétiquement de ce que le royaume de Dieu en proie à la discorde, présente l’image du chaos[2], d’une tempête nocturne, ou même de l’enfer. Les fougueux écrivains de ces temps, dont la partialité ne reconnaît que des vertus à leurs partisans et charge leurs adversaires de tous les crimes, semblent, dans leurs récits, peindre la guerre des anges contre les démons ; mais notre raison plus calme rejette également l’idée de ces prodiges de sainteté, et de ces monstres de vice : nous demeurerons persuadés, en la consultant, que les factions qui s’accusaient mutuellement d’hérésie, et prétendaient chacune être la seule orthodoxe, ont également, ou du moins indistinctement déployé des vices et des vertus. Elles avaient été élevées dans la même

  1. Nullas infestas hominibus bestias, ut sunt sibi ferales plerique christianorum expertus. (Ammien, XXII, 5.)
  2. Saint Grég. de Nazianze, orat. I, p. 33. Voy. Tillemont, t. VI, p. 501, édit. in-4o.