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avaient fortement embrassé les opinions, les vertus et les passions qui distinguaient les chrétiens de ce siècle de tout le reste de l’univers. Après la mort d’Alexandre, Paul et Macédonius se disputèrent le siége épiscopal. Ils en étaient dignes l’un et l’autre par leur zèle et par leurs talens ; et si Macédonius l’emportait par la pureté des mœurs, son concurrent avait sur lui l’avantage d’une élection antérieure et d’une doctrine plus orthodoxe. L’inviolable attachement à la foi de Nicée, qui l’a placé au rang des saints et des martyrs, l’exposa au ressentiment des ariens. Dans l’espace de quatorze ans, il fut cinq fois chassé de son siége, et réinstallé plus souvent par la révolte du peuple que par la permission du souverain. La mort de Paul pouvait seule assurer à Macédonius la possession tranquille de son évêché. On traîna l’infortuné Paul, accablé sous le poids des chaînes, depuis les déserts sablonneux de la Mésopotamie jusqu’aux plus affreuses habitations du mont Taurus[1]. On le tint enfermé dans un donjon obscur, où il resta six jours sans subsistance, et fut enfin étranglé par l’ordre de Phi-

  1. Cucusus fut son dernier séjour ; il y trouva la mort et la fin de ses souffrances. La position de cette ville solitaire, sur les confins de la Cappadoce, de la Cilicie et de la petite Arménie, a occasionné quelques doutes géographiques ; mais la voie romaine de Césarée à Anazarbe nous donne la position certaine. (Voy. Cellarius, Géograph., t. II, p. 213 ; Wesseling, ad Itiner., p. 179, 703.)