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couronnés du succès. Julien conserva inviolablement pour Athènes la tendresse qu’une âme généreuse éprouve toujours au souvenir de l’endroit où elle a senti naître et briller les premiers rayons de son génie. La douceur et l’affabilité qu’il tenait de la nature et que lui imposait sa situation, lui gagnaient l’amitié des étrangers et des citoyens qui conversaient avec lui. Quelques-uns de ses compagnons d’étude le virent peut-être d’un œil prévenu par l’inimitié ; mais Julien fit naître dans les écoles d’Athènes une estime générale pour ses talens et pour ses vertus, et il jouit bientôt, dans tout le monde romain, d’une honorable réputation[1].

Tandis que, dans la retraite, Julien employait son temps à s’instruire, l’impératrice, résolue d’achever sa généreuse entreprise, n’oubliait pas le soin de sa fortune. Par la mort du dernier César, Constance se trouvait chargé seul du commandement, et se sentait accablé du poids de ce vaste et puissant empire. Les plaies faites par la guerre civile n’étaient

  1. Libanius et saint Grégoire de Nazianze ont épuisé l’art et la force de leur éloquence, pour représenter Julien comme le premier des héros ou le plus odieux des tyrans. Saint Grégoire fut son condisciple à Athènes, et les symptômes de la future perversité de l’apostat qu’il décrit d’une manière si tragique, se réduisent à quelques imperfections corporelles, et à quelques singularités dans ses manières et dans sa façon de parler. Il proteste cependant qu’il prévit dès ce temps-là tous les malheurs de l’Église et de l’empire. (Saint Grégoire de Nazianze, orat. IV, p. 121, 122.)