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par un chœur général de voix triomphantes[1] ; et les catholiques insultèrent, par la pureté de leur doctrine, l’évêque arien qui avait usurpé le siége du vénérable Eustathe. Le même zèle qui inspirait ces chants, engagea les membres les plus scrupuleux de l’Église orthodoxe à former des assemblées particulières, qui furent gouvernées par des prêtres jusqu’à ce que la mort de leur pasteur exilé permît d’en élire et d’en consacrer un autre[2]. Les révolutions de la cour multipliaient le nombre des prétendans, et sous le règne de Constance, deux, trois ou quatre évêques se disputèrent souvent le gouvernement spirituel d’une ville. Ils exerçaient leur juridiction religieuse sur leurs partisans, perdaient et regagnaient alternativement les possessions temporelles de l’Église. L’abus du christianisme fit naître dans l’Empire romain de nouveaux sujets de tyrannie et de sédition. Les violences des factions religieuses rompi-

  1. Philostorgius, l. III, c. 13. Godefroy a examiné ce sujet avec beaucoup d’exactitude (p. 147, etc.). Il y avait trois formules hétérodoxes : Au Père par le Fils, et dans le Saint-Esprit ; … au Père et au Fils dans le Saint-Esprit ; … au Père dans le Fils et le Saint-Esprit.
  2. Après l’exil d’Eustathe, sous le règne de Constantin, le parti le plus rigide des orthodoxes se sépara des autres, et forma enfin un schisme qui dura quatre-vingts ans. (Voyez Tillemont, Mém. ecclésiast., t. VII, p. 35-54, 1137-1158 ; t. VIII, p. 573-632, 1314-1332.) Dans beaucoup d’églises, les ariens et les homoousiens, qui rejetaient réciproquement la communion les uns des autres, continuèrent cependant quelque temps à prier ensemble. (Philostorg., l. III, c. 14)