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fit publier une lettre pleine de violence, dans laquelle, après s’être félicité d’avoir délivré Alexandrie d’un tyran dangereux qui séduisait le peuple par la magie de son éloquence, il exalte les vertus et la piété du très-vénérable George, le nouvel évêque, et aspire, comme patron et bienfaiteur de la ville, à surpasser la gloire et la renommée d’Alexandre. Mais il déclare l’inébranlable résolution de poursuivre par le fer et le feu les adhérens d’Athanase, ce maudit qui a suffisamment constaté ses forfaits en se dérobant à la justice et à la mort ignominieuse qu’il a si souvent méritée[1].

Conduite d’Athanase.

Saint Athanase s’était mis à l’abri du danger le plus pressant ; et les aventures de cet homme extraordinaire méritent de fixer un instant notre attention. Dans la nuit fatale où Syrianus, à la tête de ses troupes, avait investi l’église de Saint-Théonas, l’archevêque, assis sur son siége, y attendait la mort avec une dignité calme et inébranlable. Tandis que des cris de rage et de terreur interrompaient les cérémonies de la dévotion publique, Athanase encourageait son clergé tremblant à exprimer sa pieuse confiance par le chant d’un psaume de David qui célèbre le triomphe du Dieu d’Israël sur le tyran impie de l’Égypte. Les portes furent enfin brisées, une grêle de traits vint fondre sur le peuple[2]. Les soldats s’élancèrent

  1. Saint Athanase, t. I, p. 694. À travers le ressentiment de l’empereur ou de ses secrétaires ariens, on voit percer la crainte et l’estime que leur inspirait saint Athanase.
  2. Ces détails sont curieux, parce qu’ils sont transcrits