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la sentence impartiale de l’Église latine ; et ils déploraient la destinée rigoureuse d’Athanase, qui, après avoir joui si long-temps de sa dignité, d’une grande réputation et de la confiance apparente de son souverain, se trouvait exposé de nouveau à se justifier d’accusations fausses et extravagantes. Leurs raisons paraissaient justes et leur conduite était respectable ; mais dans ce débat long et opiniâtre, qui fixait tous les yeux de l’empire sur un seul évêque, les deux factions ecclésiastiques étaient réciproquement disposées à sacrifier la justice et la vérité à leur principal objet, qui était d’écarter ou de soutenir l’intrépide défenseur du symbole de Nicée. Les ariens jugeaient prudent de déguiser encore, sous un langage ambigu, leurs vrais sentimens et leurs projets réels ; mais les évêques orthodoxes, soutenus de la faveur du peuple et du décret d’un concile général, insistèrent dans toutes les occasions, et particulièrement à Milan, sur la tache d’hérésie dont leurs adversaires devaient nécessairement se laver, avant d’être reçus à juger la conduite du grand Athanase[1].

Condamnation d’Athanase. A. D. 355.

Mais la voix de la raison, en supposant qu’elle fût du côté d’Athanase, fut réduite au silence par les clameurs d’une majorité factieuse et vénale ; et les conciles d’Arles et de Milan ne se séparèrent qu’après avoir solennellement condamné et déposé l’arche-

    est étonné, avec raison, qu’une si faible majorité ait procédé avec tant de vigueur contre ses adversaires, dont le principal fut immédiatement déposé.

  1. Sulpice-Sever., in Hist. sacrâ, l. II, p. 412.