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senta adroitement l’expulsion du primat comme le seul moyen de pacifier et de réunir l’Église catholique. Les amis d’Athanase ne manquèrent cependant ni à leur chef ni à la cause qu’ils avaient embrassée. Avec une vehémence que la sainteté de leur caractère rendait moins dangereuse, ils défendirent la cause de la justice et de la religion, dans les débats publics et dans leurs conférences particulières avec l’empereur. Ils lui déclarèrent que ni l’espoir de sa faveur, ni la crainte de sa colère ne les feraient consentir à condamner un confrère absent, innocent et respectable[1]. Ils affirmaient, avec une apparence de raison, que le décret illégal du concile de Tyr était annullé depuis long-temps par les édits de l’empereur lui-même, par la réinstallation honorable de l’archevêque d’Alexandrie, et par la rétractation ou le silence de ses plus bruyans adversaires. Ils alléguaient que son innocence avait été unanimement attestée par tous les évêques de l’Égypte, et reconnue dans les conciles de Rome et de Sardica[2] par

  1. Ammien, qui n’avait qu’une connaissance très-obscure et très-superficielle de l’histoire ecclésiastique, dit quelque chose de cette opposition (XV, 7). Liberius… perseveranter renitebatur, nec visum hominem, nec auditum damnare nefas ultimum sæpe exclamans ; apertè scilicet recalcitrans imperatoris arbitrio. Id enim ille Athanasio semper infestus, etc.
  2. Ou plutôt par le parti orthodoxe du concile de Sardica. Si les évêques avaient donné de bonne foi leurs suffrages, la division se serait trouvée de quatre-vingt-quatorze à soixante-seize. M. de Tillemont (t. VIII, p. 1147-1158)