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clergé d’Occident, et s’assurer le consentement des évêques latins, avant de hasarder l’exécution de la sentence. Deux années se passèrent en négociations ecclésiastiques ; la cause de l’empereur contre un de ses sujets fut solennellement débattue dans le synode d’Arles, et peu de temps après, dans le concile de Milan[1], en présence de trois cents évêques. Leur probité se laissa séduire peu à peu par les argumens de la faction arienne, par les artifices des eunuques et par les pressantes sollicitations d’un souverain qui sacrifiait sa dignité à sa vengeance, et manifestait ses propres passions en dirigeant celles du clergé. Il employa avec succès la corruption, le plus sûr indice d’une liberté constitutionnelle ; des présens, des honneurs et des priviléges furent le prix offert, et accepté, des suffrages des évêques[2], et il repré-

  1. Les écrivains grecs ont raconté avec si peu de clarté ou de fidélité les affaires du concile de Milan, que nous sommes fort heureux d’avoir pour ressource quelques lettres d’Eusèbe, tirées par Baronius des archives de l’église de Vercelles, et une ancienne Vie de Denys de Milan, publiée par Bollandus. Voyez Baronius, A. D. 355, et Tillemont, t. VII, p. 1415.
  2. Les honneurs, les présens et les fêtes qui séduisaient tant de prélats, sont mentionnés avec indignation par les évêques dont la probité ou la fierté n’avait point succombé à ces tentations. Nous combattons, disait saint Hilaire, évêque de Poitiers, contre Constance l’ante-christ, qui caresse le ventre au lieu de flageller les épaules, qui non dorsa cædit sed ventrem palpat. (S. Hil., contrà Constant., c. 5, p. 1240.)