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irrités, abusant de l’autorité d’un maître crédule, mais des efforts de l’empereur, qui, laissant éclater un ressentiment long-temps contenu, déclara la résolution de venger ses injures personnelles[1] ; et le premier hiver qu’il passa à Arles, après sa victoire, fut employé à assurer son triomphe sur un ennemi plus odieux que le tyran qu’il venait de vaincre.

Conciles d’Arles et de Milan. A. D. 353-355.

Si le caprice du souverain eût exigé la mort du citoyen le plus illustre et le plus vertueux de la république, la violence ouverte de ses satellites, et la perfide complaisance des magistrats, se seraient empressées à l’envi de le satisfaire. Les précautions, les lenteurs avec lesquelles il fut obligé de procéder à la condamnation et au châtiment d’un évêque aimé du peuple, les difficultés qu’il y trouva, apprirent à l’univers que les priviléges de l’Église avaient déjà ranimé, dans le gouvernement romain, le sentiment de l’ordre et de la liberté. La sentence prononcée par le synode de Tyr, et souscrite par la majorité des évêques d’Orient, n’avait pas été formellement annulée, et l’autorité qu’Athanase exerçait dans son diocèse, quoique dégradé par ses confrères, pouvait être regardée comme illégale et même criminelle. Mais Constance voulut d’abord ôter au primat la ressource puissante qu’il avait trouvée dans l’attachement du

  1. Saint Athanase, tom. I, p. 861. Théodoret, l. II, c. 16. L’empereur déclara qu’il avait plus à cœur de dompter saint Athanase, qu’il n’avait désiré de vaincre Magnence ou Sylvanus.