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profanes qui déterminent ou dérangent les projets d’une faction religieuse, introduisirent parmi les sectaires un esprit de discorde et d’inconstance qui donna naissance en peu d’années à dix-huit différens systèmes de religion[1], et vengea l’autorité de l’Église qu’ils avaient bravée. L’ardent saint Hilaire[2], que la rigueur de sa propre situation disposait plutôt à dissimuler les erreurs du clergé d’Orient qu’à les exagérer, déclare que dans la vaste étendue des dix provinces de l’Asie, dans laquelle il était exilé, on ne trouvait qu’un très-petit nombre de prélats qui conservassent la connaissance du vrai Dieu[3]. Les persécutions qu’il avait éprouvées, les désordres dont il était le témoin et la victime, cal-

  1. Saint Athanase, dans son Épître relative aux synodes de Séleucie et de Rimini (t. I, p. 886-905), a donné une ample liste des symboles ariens, qui a été augmentée et perfectionnée par les travaux de l’infatigable Tillemont, Mém. ecclés., t. VI, p. 477.
  2. Érasme a tracé avec beaucoup de justesse et de liberté le caractère de saint Hilaire. Les bénédictins se sont occupés, dans leur édition, à réviser le texte, à composer les annales de sa vie, et à justifier ses sentimens et sa conduite.
  3. Absque episcopo Eleusio et paucis cum eo, ex majore parte Asianæ decem provinciæ, inter quas consisto verè deum nesciunt. Atque utinam penitùs nescirent ! cum procliviore enim veniâ ignorarent, quàm obtrectarent. (S. Hil., De synodes, sive de fide Orientalium, c. 63, p. 1186, edit. benedict.) Dans le célèbre Parallèle entre l’Athéisme et la Superstition, on surprend quelquefois l’évêque de Poitiers en conformité d’opinions philosophiques avec Bayle et Plutarque.