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l’univers, impriment dans l’imagination étonnée l’idée d’un seul et même être[1], qui, dans l’ordre de la grâce et celui de la nature, peut se manifester sous différentes formes, et être considéré sous différens aspects. Par cette hypothèse, une trinité réelle et substantielle est réduite à une trinité de noms et de modifications abstraites, qui n’existent que dans l’esprit de celui qui les conçoit. Le logos n’est plus une personne, mais un attribut, et ce n’est que dans un sens figuré que l’épithète de fils peut être appliquée à la sagesse éternelle qui était avec Dieu depuis le commencement, et par laquelle, mais non pas par qui, toutes choses ont été faites. L’incarnation du logos n’est plus qu’une simple inspiration de la sagesse divine, qui inspirait l’âme et dirigeait toutes les actions du mortel Jésus. Après avoir ainsi parcouru tout le cercle théologique, on s’aperçoit avec surprise que le système des sabelliens finit où celui des ébionites commence, et que ce mystère incompréhensible, qui nous oblige à l’adorer, échappe à la curiosité de nos recherches[2].

  1. Boëce, qui était fort versé dans la philosophie de Platon et d’Aristote, explique l’unité de la Trinité par la non-différence des trois personnes. Voyez les remarques judicieuses de Le Clerc, Biblioth. choisie, t. XVI, p. 225, etc.
  2. Si les sabelliens se révoltaient contre cette conclusion, conduits alors dans un autre abîme, ils se trouvaient confesser que le père était né d’une vierge, qu’il avait souffert sur la croix, ce qui leur valut de la part de leurs adversaires le surnom odieux de patri-passians. (Voyez les Satires