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sentimens de leurs maîtres était un tribut volontaire qu’ils offraient à une raison supérieure. Mais les chrétiens formaient une société nombreuse et disciplinée. Leurs lois et leurs magistrats exerçaient une juridiction sévère sur les pensées des fidèles. On fixa leur imagination flottante par des symboles et par des professions de foi[1]. La liberté particulière du jugement fut soumise aux décisions des synodes généraux. L’autorité des théologiens se régla sur leur rang ecclésiastique ; et les évêques, successeurs des apôtres, infligeaient les censures de l’Église à ceux qui s’écartaient de la foi orthodoxe. Mais dans un siècle de controverse religieuse, la contrainte ajoute une nouvelle force à l’activité de l’imagination, et des motifs d’ambition ou d’avarice animaient quelquefois le zèle ou l’obstination d’un esprit rebelle. [Factions.]Un argument métaphysique devenait la cause ou le prétexte d’une contestation politique. Les subtilités de l’école platonicienne servaient de signes de ralliement aux factions populaires, et l’aigreur de la dispute augmentait la distance qui séparait les opinions respectives. Tant que les hérésies obscures de Praxeas et de Sabellinus s’efforcèrent de confondre le père avec le fils[2], on doit excuser les orthodoxes d’a-

  1. La rédaction des symboles les plus anciens laissait une grande latitude. Voyez Bull (Judicium eccles. cathol.), qui tâche d’empêcher Episcopius de tirer parti de cette observation.
  2. Mosheim (p. 425, 680-714) explique clairement les hérésies de Praxeas, Sabellius, etc. Praxeas, qui vint à