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vaillait avec ardeur à découvrir les secrets de l’abîme, et l’orgueil des professeurs et de leurs disciples se contentait d’une science de mots. Mais le plus savant des théologiens de la chrétienté, le grand saint Athanase lui-même, avoue ingénument[1], que quand il se fatiguait l’esprit à méditer sur la divinité du logos, il sentait ses vains et pénibles efforts repoussés par une résistance invincible ; que plus il réfléchissait, moins il comprenait, et que plus il écrivait, moins il se trouvait en état d’exprimer ses idées. Dans cette recherche, nous sommes forcés à chaque pas de sentir et d’avouer la disproportion immense qui existe entre l’objet et les bornes de l’intelligence humaine. Nous pouvons bien parvenir à abstraire dans notre pensée ces notions du temps, de l’espace et de la matière, si étroitement liées à toutes les perceptions de nos connaissances expérimentales. Mais lorsque nous prétendons raisonner sur une substance infinie, ou sur une génération spirituelle, aussitôt que d’une idée négative nous voulons déduire quelques conclusions positives, nous retombons dans l’obscurité, dans l’incertitude et dans des contradictions inévitables. Comme ces difficultés naissent de la nature du sujet, elles accablent également sous leur inébranlable poids le philosophe et le théologien ; mais nous observerons deux circonstances es-

  1. Saint Athanase, t. I, p. 808. Ses expressions sont infiniment énergiques ; et comme il écrivait à des moines, rien ne l’obligeait à affecter un langage raisonnable.