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ce philosophe composa en grande partie sous le règne d’Auguste[1]. L’âme matérielle de l’uni-

    connue qu’elle soit, s’y fait reconnaître à chaque instant : ainsi, selon le Zendavesta, c’est par la parole (honover), plus ancienne que le monde, qu’Ormuzd a créé toutes choses. Cette parole est le logos de Philon, bien différent, par conséquent, de celui de Platon. J’ai fait voir que Platon n’avait jamais personnifié le logos du type idéal du monde ; Philon hasarda cette personnification : la Divinité, selon lui, a un double logos ; le premier (λογος ενδιαθετος) est le type idéal du monde, le monde idéal, c’est le premier-né de la Divinité ; le second (λογος προφορικος) est la parole même de Dieu, personnifiée sous l’image d’un être agissant pour créer le monde sensible et le rendre semblable au monde idéal ; c’est le second fils de Dieu. Poussant jusqu’au bout ses rêveries, Philon alla jusqu’à personnifier de nouveau le monde idéal sous l’image d’un homme céleste (ουρανιος ανθρωπος), type primitif de l’homme, et le monde sensible sous l’image d’un autre homme, moins parfait que l’homme céleste. Certaines idées de la philosophie orientale ont pu donner lieu à cet étrange abus de l’allégorie, qu’il suffit de rapporter pour faire voir quelles altérations avait déjà subies alors le platonisme, et quelle en était la source : encore Philon est-il de tous les Juifs d’Alexandrie celui dont le platonisme est le plus pur. (Voyez Buhle, Introd. à l’Hist. de la philosophie moderne, en allem., p. 590 et suiv. ; Michaelis, Introd. au Nouveau Testament, en allem., part. II, p. 973.) C’est de ce mélange d’orientalisme, de platonisme et de judaïsme, que sortit le gnosticisme, qui a produit tant d’extravagances théologiques et philosophiques, et où les idées orientales dominent évidemment. (Note de l’Édit.)

  1. Le Clerc (Épîtres critiques, VIII, page 211-228) a prouvé, d’une manière victorieuse, le platonisme de Philon,