Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 4.djvu/178

Cette page a été validée par deux contributeurs.


réserve dans la célèbre école d’Alexandrie[1]. Sous la protection des Ptolémées, une nombreuse colonie de Juifs s’était fixée dans leur nouvelle capitale[2].

    autres idées, dont on pourrait former plusieurs Trinités différentes.
    Du reste, cette erreur dans laquelle sont tombés la plupart des interprètes de Platon, tant anciens que modernes, était assez naturelle. Outre les pièges que leur tendait son style figuré, outre la nécessité d’embrasser en entier le système de ses idées, et de ne pas expliquer les passages isolément, la nature même de sa doctrine pouvait y conduire. Lorsque Platon parut, l’incertitude des connaissances humaines et les tromperies continuelles des sens étaient reconnues, et donnaient lieu à un scepticisme général. Socrate avait voulu mettre la morale à l’abri de ce scepticisme ; Platon tenta d’en sauver la métaphysique, en cherchant dans l’entendement humain la source de la certitude que les sens ne peuvent fournir. Il inventa le système des idées innées, dont l’ensemble formait, selon lui, le monde idéal, et affirma que ces idées étaient les véritables attributs attachés non-seulement à nos représentations des objets, mais encore à la nature des objets eux-mêmes ; nature que nous pouvions connaître d’après elles. Il donnait donc à ces idées une existence positive comme attributs ; ses commentateurs pouvaient aisément leur donner une existence réelle comme substances, d’autant que les termes dont il se servait pour les désigner αυτο το καλον αντο το αγαθον (la beauté elle-même, la bonté elle-même), se prêtaient à cette substantialisation (hypostasis.) (Note de l’Éditeur.)

  1. Brucker, Hist. philosoph., t. I, page 1349-1357. L’école d’Alexandrie est célébrée par Strabon (l. XVII) et par Ammien (XXII, 6).
  2. Josèphe, Antiquit., l. XII, c. 1, 3. Basnage, Hist. des Juifs, l. VII, c. 7.