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religion ; il ne pouvait plus ignorer l’infaillibilité du remède que possédait l’Église, quoiqu’il ait différé de s’en servir jusqu’au moment où l’approche de la mort le mit à l’abri de la tentation et du danger d’une rechute. Les évêques qu’il rassembla pendant sa dernière maladie, dans son palais de Nicomédie, furent édifiés de la ferveur avec laquelle il demanda et reçut le sacrement du baptême, du serment qu’il fit de se montrer jusqu’à sa mort digne de la qualité d’un disciple du Christ, et de l’humilité pieuse avec laquelle il refusa de reprendre la pourpre et les ornemens royaux, après avoir revêtu la robe blanche d’un néophyte. L’exemple et la réputation de Constantin semblèrent autoriser l’usage de retarder la cérémonie du baptême[1]. Les tyrans qui vinrent après lui s’accoutumèrent à penser que le sang des innocens qu’ils auraient versé durant un long règne, serait lavé en un instant par les saintes eaux de la régénération : ainsi l’abus de la religion sapait dangereusement les fondements de la morale.

Propagation du christianisme.

La reconnaissance de l’Église a excusé les faiblesses et préconise les vertus de son généreux protecteur, qui a placé la foi chrétienne sur le trône du monde romain ; et les Grecs qui célèbrent la fête du saint empereur, prononcent rarement le nom de Constantin, sans y ajouter le titre d’égal aux apô-

  1. Eusèbe (l. IV, c. 61, 62, 63), l’évêque de Césarée, annonce avec la plus grande confiance le salut éternel de Constantin.