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différentes preuves de la sainte religion ; mais il appuie avec une complaisance particulière sur les vers de la Sibylle[1], et sur la quatrième églogue de Virgile[2]. Quarante ans avant la naissance de Jésus-Christ, le chantre de Mantoue, comme s’il eût été inspiré par la muse céleste d’Isaïe, avait célébré, avec toute la pompe de la métaphore orientale, le retour de la Vierge, la chute du serpent, la naissance prochaine d’un enfant divin, né du grand Jupiter, qui effacerait les crimes des mortels, et gouvernerait en paix l’univers avec des vertus égales à celles de son père. Il avait annoncé l’élévation et la manifestation d’une race céleste, nation primitive répandue dans le monde entier, et le rappel de l’innocence et des félicités de l’âge d’or. Le poète ignorait peut-être le sens mystérieux et l’objet de ses sublimes prédictions qu’on a ignoblement appliquées au fils nouvellement né d’un consul ou d’un triumvir[3]. Mais si cette interprétation plus brillante et

  1. Voy. Constant., orat. ad Sanctos, c. 19, 20. Il se fonde principalement sur un acrostiche mystérieux, composé dans le sixième siècle après le déluge, par la sibylle Érythrée, et traduit en latin par Cicéron. Les lettres initiales des trente-quatre vers grecs forment cette sentence prophétique : JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, SAUVEUR DU MONDE.
  2. Dans sa paraphrase de Virgile, l’empereur ajoute fréquemment au sens littéral du texte latin. Voy. Blondel, des Sibylles, l. I, c. 14, 15, 16.
  3. Les différentes applications qui en ont été faites à un fils aîné, ainsi qu’à un second fils de Pollion, à Julie, à