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et la philosophie des Grecs au service de la religion[1]. Ces habiles maîtres de controverse se trouvaient ainsi à portée d’épier avec patience le moment où l’esprit, favorablement disposé, cède facilement à la persuasion, et d’employer alors les argumens les mieux appropriés à son caractère et les plus proportionnés à son intelligence. Quelque avantageuse qu’ait pu devenir à la foi l’acquisition d’un pareil prosélyte, Constantin se distinguait par la pompe, beaucoup plus que par le discernement et la vertu, des milliers de ses sujets qui avaient embrassé la doctrine chrétienne ; et il n’est point du tout incroyable qu’un soldat ignorant ait adopté une opinion fondée sur les preuves qui, dans un siècle plus éclairé, ont satisfait ou subjugué la raison d’un Grotius, d’un Locke et d’un Pascal. Occupé tout le jour du soin de son empire, Constantin employait ou affectait d’employer une partie de la nuit à lire les saintes Écritures et à composer des discours théologiques, qu’il prononçait ensuite devant des assemblées nombreuses, dont l’approbation et les applaudissemens étaient toujours unanimes. Dans un très-long discours qui existe encore, l’auguste prédicateur s’étend sur les

    Erat pæne rudis, dit l’orthodoxe Bull, disciplinæ christinianæ, et in rhetoricâ meliùs quàm in theologiâ versatus. (Defensio fidei Nicenæ, sect. 2, c. 14.)

  1. Fabricius a rassemblé avec le soin qui lui est ordinaire une liste de trois ou quatre cents auteurs cités dans la Préparation évangélique d’Eusèbe. (Voy. Biblioth. græc., l. V, c. 4, tom. VI, p. 37-56.)