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sa vanité ; ce droit divin en vertu duquel il s’était prétendu appelé au trône, avait été justifié par la victoire, et ses titres étaient fondés sur la vérité de la révélation chrétienne. On voit souvent des applaudissemens peu mérités faire naître une vertu réelle ; ainsi la piété apparente de Constantin, en supposant qu’elle ne fût d’abord qu’apparente, peut insensiblement, par l’influence des louanges, de l’habitude et de l’exemple, avoir acquis la consistance d’une dévotion fervente et sincère. Les évêques et les prédicateurs de la secte nouvelle, dont les mœurs et le costume semblaient peu propres à l’ornement d’une cour, étaient admis à la table de l’empereur. Ils l’accompagnaient dans ses expéditions ; et les païens attribuaient à la magie l’ascendant que l’un d’entre eux, Égyptien[1] ou Espagnol, acquit sur l’esprit de Constantin[2]. Ce prince vivait dans la familiarité la plus intime avec Lactance, qui avait orné de toute l’éloquence de Cicéron les préceptes de l’Évangile[3], et avec Eusèbe qui a consacré l’érudition

  1. Ce favori était sans doute le grand Osius, évêque de Cordoue, qui préféra le soin pastoral de toute l’Église à celui d’un diocèse particulier. Saint Athanase (t. I, p. 703) peint magnifiquement son caractère, quoique d’une manière concise. (Voy. Tillem., Mém. ecclés., t. VII, p. 524-561.) Osius fut accusé, peut-être injustement, de s’être retiré de la cour avec une grande fortune.
  2. Voyez Eusèbe, in vit. Constant. passim. ; et Zosime, l. II, p. 104.
  3. La piété de Lactance était plus morale que mystique.