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habile pouvait également se servir d’un stratagème militaire, d’une de ces fraudes pieuses que Philippe et Sertorius avaient employées avec adresse et succès[1]. Toutes les nations de l’antiquité admettaient l’origine surnaturelle des songes, et une grande partie de l’armée gauloise était déjà disposée à placer sa confiance dans le signe salutaire de la religion chrétienne. L’événement pouvait seul contredire la vision secrète de Constantin, et le héros intrépide qui avait passé les Alpes et les Apennins était capable de considérer, avec l’indifférence du désespoir, les suites d’une défaite sous les murs de Rome. La plus vive allégresse s’empara du peuple et du sénat. Ils se félicitaient également d’avoir échappé à un tyran détesté ; mais en avouant que la victoire de Constantin surpassait le pouvoir des mortels, ils n’osèrent pas insinuer que l’empereur en était redevable au secours des dieux. L’arc triomphal qui fut élevé environ trois ans après, annonce en termes

  1. Outre ces exemples très-connus, Tollius (Préface à la traduction de Longin, par Boileau) a découvert une vision d’Antigone, qui assura ses troupes qu’il avait vu un pentagone (le symbole de la sûreté) avec ces mots : Par ceci tu obtiendras la victoire ; mais Tollius est inexcusable de n’avoir pas cité son autorité, et sa réputation en morale, aussi-bien qu’en littérature, n’est point exempte de reproche. (Voy. Chauffepié, Dictionnaire critique, t. IV, p. 460.) En outre du silence de Diodore, Plutarque, Justin, etc., on peut observer que Polyænus, qui a rassemblé dix-neuf stratagèmes militaires d’Antigone dans un chapitre séparé, l. IV, c. 6, ne parle point du tout de cette vision.