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les seuls temples des Germains : là résidait la majesté d’une puissance invisible. Ces sombres retraites, en ne présentant aucun objet distinct de crainte ou de culte réel, inspiraient un sentiment bien plus profond d’horreur religieuse[1] ; et l’expérience avait appris à des prêtres grossiers tous les artifices qui pouvaient maintenir et fortifier des impressions terribles si conformes à leurs intérêts[2].

Son influence dans la paix.

La même ignorance qui rend les Barbares incapables de concevoir ou d’adopter l’empire utile des lois, les livre sans défense aux terreurs aveugles de la superstition. Les prêtres germains profitèrent de cette disposition de leurs compatriotes, et ils exercèrent même dans les affaires temporelles une autorité que le magistrat n’aurait osé prendre. Le fier guerrier se soumettait patiemment à la verge de la correction, lorsque la main vengeresse tombait sur lui pour exécuter, non la justice des hommes, mais l’arrêt immédiat du dieu de la guerre[3]. Souvent la puissance ecclésiastique suppléait les défauts de l’administration civile. L’autorité divine intervenait constamment

  1. Le bois sacré, décrit par Lucain avec une horreur si sublime, était dans le voisinage de Marseille ; mais il y en avait plusieurs de la même espèce en Germanie.
  2. Les anciens Germains avaient des idoles informes, et, dès qu’ils commencèrent à se bâtir des demeures plus fixes, ils élevaient aussi des temples, tels que celui de la déesse Tanfana, qui présidait à la divination. Voyez Adelung, Hist. anc. des Germains, p. 296. (Note de l’Éditeur.)
  3. Tacite, Germ., 7.