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de la décadence des arts, et un témoignage singulier de la plus basse vanité. Comme il ne fut pas possible de trouver dans la capitale de l’empire un sculpteur capable de décorer ce monument public, l’arc de Trajan, sans aucun respect pour la mémoire d’un si grand prince ou pour les règles de la convenance, fut dépouillé de ses plus beaux ornemens. On n’eut point égard à la différence des temps et des personnes, des actions et des caractères ; les Parthes captifs paraissent prosternés aux pieds d’un monarque qui n’a jamais porté ses armes au-delà de l’Euphrate, et les antiquaires curieux peuvent encore apercevoir la tête de Trajan sur les trophées de Constantin. Les nouveaux ornemens qu’il fallut ajouter aux anciennes sculptures, pour en remplir les vides, sont exécutés de la manière la plus informe et la plus grossière[1].

Et sa conduite à Rome.

Le politique, aussi-bien que le ressentiment, exigeait l’entière abolition des prétoriens : ces troupes hautaines, dont Maxence avait rétabli et même augmenté le nombre et les priviléges, furent pour jamais cassées par Constantin ; on détruisit leur camp fortifié, et le reste des prétoriens, qui avait échappé à la fureur du combat, fut dispersé parmi les légions, et relégué sur les frontières de l’empire, où ces

  1. « Adhuc cuncta opera quæ magnificè construxerat, urbis fanum, atque basilicam, Flavii meritis patres sacravere. » Aurelius-Victor. À l’égard de ce vol des trophées de Trajan, voyez Flaminius-Vacca, apud Montfaucon, Diarum italicum, p. 250, et l’Antiquité expliquée, tom. IV, p. 171.