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passions populaires est si impétueux et en même temps si uniforme, que malgré la disette des matériaux, nous aurions pu décrire les particularités de cette guerre. Mais nous ne sommes pas disposés à croire que les principaux chefs de la révolte, Ælianus et Amandus, aient été chrétiens[1], ni que leur rebellion, ainsi qu’il arriva du temps de Luther, ait été occasionnée par l’abus des principes bienfaisans du christianisme, qui tendent à établir la liberté naturelle de l’homme.

Révolte de Carausius en Bretagne. A. D. 287.

Maximien n’eut pas plus tôt arraché la Gaule aux paysans de cette province, que l’usurpation de Carausius lui enleva la Bretagne. Depuis l’heureuse témérité des Francs sous le règne de Probus, leurs hardis compatriotes avaient construit de légers brigantins, et ravageaient continuellement les contrées voisines baignées par l’Océan[2]. Pour repousser leurs incursions, il parut nécessaire de créer une marine ; ce sage projet fut exécuté avec vigueur et avec prudence. L’empereur fit équiper une flotte à Gessoriacum ou Boulogne, située sur le détroit qui sépare la Gaule de la Bretagne. Il en confia le com-

  1. Ce fait n’est appuyé que sur une faible autorité, une Vie de saint Babolin, qui est probablement du septième siècle. Voyez Duchesne, Scriptores rer. Francicar., t. I, p. 662.
  2. Aurel.-Victor les appelle Germains. Eutrope (IX, 21) leur donne le nom de Saxons ; mais Eutrope vivait dans le siècle suivant, et paraît avoir employé le langage de son temps.