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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/324

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des Barbares, des soldats et des officiers du fisc[1].

Leur rebellion.

Ces vexations les jetèrent enfin dans le désespoir. De tous côtés ils s’élevèrent en foule, armés des instrumens de leurs professions, et guidés par une fureur capable de tout renverser. Le laboureur devint un fantassin. Les bergers montèrent à cheval. Les villages abandonnés, les villes ouvertes furent livrées aux flammes ; et les paysans commirent autant de ravages que le plus terrible ennemi[2]. Ils réclamaient les droits naturels de l’homme ; mais ils réclamaient ces droits avec la cruauté la plus farouche. Les nobles Gaulois, redoutant à juste titre leur vengeance, cherchèrent un abri dans les villes fortifiées, ou s’éloignèrent d’un pays devenu le théâtre de l’anarchie. Les paysans régnèrent sans obstacle. Deux de leurs chefs eurent même la folie et la témérité de prendre les ornemens impériaux[3]. Leur puissance expira bientôt à l’approche des légions. La force unie à la discipline obtint une victoire facile sur une multitude confuse et licencieuse[4]. [Leur punition.]On punit sévèrement les paysans qui furent trouvés les armes à la main. Les autres, effrayés, retournèrent à leurs habitations ; et leurs efforts inutiles pour la liberté, ne servirent qu’à appesantir leurs chaînes. Le cours des

  1. Eumène convient de leur oppression et de leur misère (Panegyr., VI, 8). Gallias efferatas injuriis.
  2. Panegyr. vet., II, 4 ; Aurel.-Victor.
  3. Ælianus et Amandus. Nous avons les médailles qu’ils ont fait frapper. Goltzius, in Thes. R. A., p. 117, 121.
  4. Levibus præliis domuit. Eutrope, IX, 20.