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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 2.djvu/296

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avait saisi le moment favorable pour une invasion. Les conseils de la Perse étaient agités par des factions domestiques. Cette monarchie avait envoyé la plus grande partie de ses forces sur les frontières de l’Inde. Rome et l’Orient reçurent avec transport la nouvelle d’un si grand succès. On se formait déjà les idées les plus magnifiques. La flatterie et l’espérance annonçaient la chute de la Perse, la conquête de l’Arabie, la soumission de l’Égypte, et la tranquillité de l’empire, à jamais délivré des incursions du peuple Scythe[1]. Mais le règne de Carus semblait destiné à montrer la fausseté des prédictions. [A. D. 283. 25 décembre.]Elles étaient à peine proférées, que la mort du vainqueur vint les contredire. On est fort incertain sur la manière dont périt ce prince. Ce qui nous est parvenu de plus authentique à ce sujet se trouve dans une lettre de son secrétaire au préfet de la ville. « Carus, dit-il, notre cher empereur, était dans son lit, malade, lorsqu’il s’éleva dans le camp un furieux orage. Le ciel devint si obscur, que nous ne pouvions nous distinguer ; et les éclats continuels de la foudre nous ôtèrent la connaissance de ce qui se passait dans cette confusion générale. Immédiatement après le plus violent coup de tonnerre, nous entendons crier que l’empereur n’est plus. Il paraît que les officiers de sa

  1. C’est à la victoire de Carus sur les Perses que je rapporte le dialogue du Philopatris, qui a été si long-temps un objet de dispute parmi les savans ; mais il faudrait une dissertation pour expliquer et pour justifier mon opinion.