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tant de princes dont il avait estimé ou supporté la conduite, depuis les ridicules folies d’Héliogabale, jusqu’à la rigueur utile d’Aurélien, lui avait appris à se former une juste idée des devoirs, des dangers et des pièges qui environnaient un rang si élevé. Une étude assidue des immortels ouvrages de son aïeul, lui avait donné les notions les plus parfaites sur la nature humaine[1], et sur la constitution de l’état. La voix du peuple avait déjà nommé Tacite comme le plus digne de l’empire. Loin d’être flatté de ces bruits, il n’en fut pas plus tôt informé, qu’il se retira dans une de ses maisons de plaisance en Campanie. Il goûtait, depuis deux mois, à Bayes, les douceurs d’une vie tranquille, lorsqu’il se trouva forcé d’obéir au consul, qui lui ordonnait de reprendre la place honorable qu’il occupait dans le sénat, et d’assister la république de ses conseils.

Il est élu empereur.

Dès qu’il se leva pour parler, toute l’assemblée le salua des noms d’Auguste et d’empereur. « Tacite

    valait à huit cent quarante mille livres romaines d’argent, chacune valant environ trois livres sterling ; mais dans le siècle de Tacite, la monnaie avait beaucoup perdu de son poids et de sa pureté.

  1. Après son avénement, il ordonna que l’on fit tous les ans dix copies des ouvrages de Tacite, et qu’on les plaçât dans les bibliothéques publiques. Il y a long-temps que les bibliothéques romaines ont péri. La partie la plus précieuse des ouvrages de Tacite a été conservée dans un seul manuscrit, et découverte dans un monastère de Westphalie. Voyez Bayle, Diction., article Tacite, et Juste-Lipse, ad Annal. II, 9.