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et il reprit la route d’Émèse, où il s’occupa pendant quelque temps à distribuer des punitions et des récompenses. Telle fut la fin de cette guerre mémorable, dont le succès fit rentrer sous les lois de Rome les provinces qui, depuis la captivité de Valérien, avaient secoué le joug des Césars.

Conduite de Zénobie.

Lorsque la reine de Syrie parut devant Aurélien, ce prince lui demanda sévèrement comment elle avait eu l’audace de prendre les armes contre les empereurs de Rome. La réponse de Zénobie fut un mélange prudent de respect et de fermeté. « Parce que, dit-elle, j’aurais rougi de donner le titre d’empereur à un Gallien, à un Auréole. C’est vous seul que je reconnais comme mon vainqueur et comme mon souverain[1]. » Mais la force d’esprit chez les femmes est presque toujours artificielle : aussi est-il bien rare qu’elle se soutienne. Le courage de Zénobie l’abandonna au moment du danger. Elle ne put entendre, sans être glacée d’effroi, les clameurs des soldats qui demandaient à haute voix, sa mort. Oubliant le généreux désespoir de Cléopâtre, qu’elle s’était proposée pour modèle, elle n’eut pas honte d’acheter sa grâce par le sacrifice de sa réputation et de ses amis. Ils avaient gouverné, dit-elle, la faiblesse de son sexe : ce fut à leurs conseils qu’elle imputa le crime d’une résistance opiniâtre ; ce fut sur leurs têtes qu’elle dirigea les traits de la vengeance du vainqueur. Le fameux Longin périt avec les vic-

  1. Pollion, Hist. Aug., p. 199.