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tation depuis le Danube jusqu’aux rives du [1].

A. D. 270. Septembre.

L’empereur apprit presqu’en même temps l’irruption et la retraite des Barbares. Aussitôt, rassemblant un corps de troupes choisies, il s’avança secrètement et avec célérité le long des lisières de la forêt Hercynienne. Les Allemands, chargés des dépouilles de l’Italie, arrivèrent au Danube, sans soupçonner que sur la rive opposée, une armée romaine, cachée dans un poste avantageux, se disposait à intercepter leur retour. Aurélien favorisa leur fatale sécurité ; il laissa environ la moitié de leurs forces passer le fleuve sans inquiétude et sans précautions. Leur situation et l’étonnement dont ils furent saisis, lui assurèrent une victoire facile. Il poussa plus loin ses avantages. Ce prince habile disposa ses légions en un croissant, dont les deux extrémités traversaient le Danube ; ces extrémités se rapprochant tout à coup vers le centre, entourèrent l’arrière-garde des Allemands. Cette manœuvre imprévue terrassa les Barbares. De quelque côté qu’ils jetassent les yeux, ils n’apercevaient qu’un pays dévasté, un fleuve profond et rapide, un ennemi victorieux et implacable. Dans cette dure extrémité, ils ne dédaignèrent plus de demander la paix. Aurélien reçut leurs ambassadeurs à la tête de son camp avec une pompe militaire, propre à leur imprimer l’idée de la grandeur et de la discipline de Rome. Les légions rangées

  1. On lit à présent dans Dexippus, Rhodanus : c’est avec raison que M. de Valois a substitué le mot Eridanus.