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tôt l’exécution d’un projet séduisant, mais impraticable, mirent Valérien à l’abri du danger, et épargnèrent probablement au prince la bonté de ne pas réussir. Un censeur peut maintenir les mœurs d’un état ; il ne saura jamais les rétablir. Il est impossible que l’autorité d’un pareil magistrat soit avantageuse, qu’elle produise même aucun effet, à moins qu’il ne trouve dans le cœur du peuple un sentiment vif d’honneur et de vertu, et qu’il ne soit soutenu par un respect religieux pour l’opinion publique, et par une foule de préjugés utiles favorisant les mœurs nationales. Dans un temps où ces principes sont anéantis, l’office de censeur doit dégénérer en vaine représentation, ou devenir un instrument d’oppression[1] et de despotisme. Il était plus aisé de vaincre les Goths que de déraciner les vices de l’état ; et cependant la première de ces entreprises coûta à l’empereur son armée et la vie.

Défaite et mort de Dèce et de son fils.

Environnés des troupes romaines, les Goths se trouvaient exposés à des attaques continuelles. Le siége de Philippopolis leur avait coûté leurs meilleurs soldats, et le pays dévasté n’offrait plus de subsistance à ce qui restait de cette multitude de Barbares indisciplinés. Dans cette extrémité, ils auraient volontiers rendu leur butin et leurs prisonniers pour avoir la permission de se retirer paisiblement ; mais l’empereur se croyait sûr de la victoire ; et, résolu

  1. Telles que les tentatives d’Auguste pour la réforme des mœurs. (Tacite, An., III, 24).