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gner souvent par le nom de Grecs[1]. Mais le prince et les peuples de l’empire de Byzance rejetèrent avec indignation cette dénomination méprisante. [Les empereurs grecs et leurs sujets veulent conserver le nom de Romains.]Malgré les changemens introduits par le laps des siècles, ils faisaient valoir une succession directe et non interrompue depuis Auguste et Constantin ; et au dernier degré de la faiblesse et de l’abaissement, les fragmens de l’empire de Constantinople conservèrent encore le nom de Romains[2].

Période d’ignorance.

Tandis qu’en Orient les actes du gouvernement se passaient en latin, le grec était la langue de la littérature et de la philosophie ; avec cet idiome si riche et si parfait, les hommes éclairés ne pouvaient envier le savoir emprunté et le goût imitateur dès Romains leurs disciples. Après la destruction du paganisme, la perte de la Syrie et de l’Égypte et

  1. Qui linguam, mores, vestesque mutastis, putavit sanctissimus papa (ironie bien audacieuse), ita vos (vobis) displicere Romanorum nomen. His nuncios, rogabant Nicephorum imperatorem Græcorum, ut cum Othone imperatore Romanorum amicitiam faceret (Luitprand, in Legatione, p. 486).
  2. Laonicus Chalcocondyles, qui survécut au dernier siége de Constantinople, raconte (l. I, p. 3) que Constantin transplanta les Latins de l’Italie dans une ville grecque de la Thrace ; qu’ils adoptèrent la langue et les mœurs des naturels du pays, et qu’on confondit les naturels du pays et les Latins de Byzance sous le nom de Grecs. Les rois de Constantinople, ajoute l’historien, εϖι το σφας αυτο‍υς σεμνυνεςθαι Ρωμαιων βασιλεις τε και αυτοκρατορας υϖακαλειν, Ελληνων δε βασιλεις ο‍υκετι ο‍υδαμη αξιο‍υν.