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gue aux Arabes, a façonné avec plus de délicatesse la main des Chinois et la tête des Grecs[1].

Les Francs ou les Latins.

Le nom de quelques tribus de la Germanie établies entre le Rhin et le Weser, était devenu celui de la plus grande partie de la Gaule, de l’Allemagne et de l’Italie, et les Grecs ainsi que les Arabes appliquèrent la dénomination de FRANCS[2] aux chrétiens de l’Église latine, et aux nations de l’Occident qui s’étendaient sur les bords inconnus de l’Océan Atlantique. Le génie de Charlemagne avait réuni et vivifié le grand corps de la nation des Francs ; mais la discorde et l’abâtardissement de ses successeurs anéantirent bientôt son empire, qui aurait rivalisé avec l’empire de Byzance, et aurait vengé les outrages faits aux chrétiens. Les ressources qu’on pouvait tirer du revenu public, des travaux du commerce et des manufactures, employés jadis à l’avantage du service militaire, les secours mutuels que se prêtaient les provinces et les armées, enfin ces escadres sta-

  1. On trouve le fond de cette remarque dans Abulpharage (Dynast., p. 2, 62, 101) ; mais je ne me rappelle pas en quel endroit je l’ai trouvée sous la forme de ce piquant apophthegme.
  2. Ex Francis, quo nomine tam Latinos quam Teutones comprehendit, ludum habuit (Luitprand, in Legat. ad imp. Nicephor., p. 483, 484). L’étendue qu’acquit cette dénomination est confirmée par Constantin (De administr. imp., l. II, c. 27, 28), et par Eutychius (Annal., t. I, p. 55, 56), qui vécurent tous les deux avant les Croisades. Les témoignages d’Abulpharage (Dyn., p. 69) et d’Abulféda (Præfat. ad Geogr.) sont plus récens.