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et des machines, des étoffes et des toiles, des vivres et des fourrages, des munitions et des ustensiles de toute espèce, employés sans succès à la conquête d’une île de peu d’étendue, et qui aurait suffi pour établir une colonie florissante[1].

Tactique et caractère des Grecs.

L’invention du feu grégeois ne produisit pas, comme celle de la poudre à canon, une révolution totale dans l’art de la guerre. La ville et l’empire de Constantinople durent leur délivrance à ce feu liquide. Il causait de grands ravages dans les siéges et les combats de mer ; mais on chercha peu à perfectionner cet art nouveau, ou peut-être était-il moins susceptible de progrès. Dans l’attaque et la défense des fortifications, on continua de se servir davantage, et avec plus de succès, des machines de l’antiquité, des catapultes, des balistes et des béliers. Le sort des combats n’était point remis au feu prompt et terrible d’une ligne d’infanterie qu’on tenterait inutilement de défendre par des armures contre le feu semblable de la ligne ennemie. Le fer et l’acier étaient toujours les instrumens ordinaires de carnage

  1. Voyez le Cérémonial de Constantin-Porphyrogenète (l. II, c. 44, p. 176-192). Un lecteur attentif apercevra quelques contradictions en différentes parties de ce calcul ; mais elles ne sont pas plus obscures ou plus difficiles à expliquer que les états au complet, et ceux des hommes effectifs, des soldats présens et de ceux qui sont en état de servir, des contrôles de revues et des congés, objets que dans nos armées modernes on a soin de couvrir d’un voile mystérieux et profitable.