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telle qu’on la connaissait alors, car je ne parle pas ici de la Chine, qui, par sa position à l’extrémité de l’Asie, n’avait point de rapport à ces mouvemens. Pour juger de leurs forces militaires, il faut comparer leur valeur, les arts qu’elles connaissaient et les richesses qu’elles possédaient, et enfin leur soumission au chef suprême qui pouvait mouvoir tous les ressorts de l’état. Les Grecs, bien inférieurs à leurs rivaux sur le premier point, étaient sur ce même point supérieurs aux Francs, et ils égalaient au moins les musulmans sur le second et le troisième. [Marine des Grecs.]La richesse des Grecs leur permettait de prendre à leur solde des nations plus pauvres, et d’entretenir une marine pour défendre leurs côtes et porter le ravage sur les terres ennemies[1]. Un commerce également avantageux aux deux parties échangeait l’or de Constantinople contre le sang des Esclavons et des Turcs, des Bulgares et des Russes ; leur valeur contribua aux victoires de Nicéphore et de Zimiscès ; et si une peuplade ennemie serrait trop la frontière, on l’obligeait à désirer la paix pour retourner à la

  1. Voici les menaces de Nicéphore à l’ambassadeur d’Othon : Nec est in mari domino tuo classium numerus. Navigantium fortitudo mihi soli inest, qui cum classibus aggrediar, bello maritimas ejus civitates demoliar ; et quæ fluminibus sunt vicina redigam in favillam (Luitprand, in legat. ad Nicephorum Phocam, in Muratori, Scriptores rerum italicarum, l. II, part. I, page 481). Il dit dans un autre endroit : qui cæteris præstant Venetici sunt et Amalphitani.