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l’empereur, de se prosterner devant lui et de baiser ses pieds ; mais il s’est maintenu, toujours en augmentant de servilité, jusqu’à la dernière époque de la monarchie des Grecs ; excepté les dimanches où on les omettait par des motifs d’orgueil religieux, on exigeait ces honteux respects de tous ceux qui étaient admis en la présence du monarque ; on y assujettissait les princes revêtus du diadème et de la pourpre, les ambassadeurs des souverains indépendans, tels que les califes de l’Asie, de l’Égypte et de l’Espagne, les rois de France et d’Italie, et même les empereurs latins. [Réception des ambassadeurs.]Dans les rapports d’affaires, Luitprand, évêque de Crémone[1], soutint la liberté d’un Franc et la dignité d’Othon son maître ; mais sa sincérité ne lui permet pas de déguiser l’humiliation de sa première audience. Lorsqu’il approcha du trône, les oiseaux de l’arbre d’or commencèrent leur ramage, qui fut accompagné des rugissemens des deux lions d’or. On le força, ainsi que ses deux compagnons, à se courber et à se prosterner ; et trois fois il toucha la terre de son front. Dans le peu de momens que prit cette dernière cérémonie, une machine avait élevé le trône jusqu’au plafond ; l’empe-

    Il semble, d’après le premier livre d’Hérodote, que cet usage vient de la Perse.

  1. Luitprand décrit d’une manière agréable ses deux ambassades à la cour de Constantinople, tout ce qu’il vit et tout ce qu’il eut à souffrir dans la capitale de l’empire grec (Hist., l. VI, c. 1-4, p. 469-471 ; Legatio ad Niceph. Phoc., p. 479-489).