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Introduction des sabéens.

L’Arabie était libre ; la conquête et la tyrannie ayant bouleversé les royaumes d’alentour, les sectes persécutées se réfugièrent sur cette terre fortunée, où elles pouvaient professer librement leur opinion, et régler leur conduite sur leur croyance. Les religions des sabéens, des mages, des juifs et des chrétiens, se trouvaient répandues depuis le golfe Persique jusqu’à la mer Rouge. À une époque très-reculée de l’antiquité, la science des Chaldéens[1] et les armes des Assyriens avaient propagé le sabéisme en Asie : c’était sur des observations de deux mille ans que les prêtres et les astronomes de Babylone[2] avaient fondé l’idée qu’ils se formèrent des éternelles lois de la nature et de la Providence. Ils adoraient les sept dieux ou anges qui dirigeaient le cours des sept planètes et répandaient sur la terre leur irrésistible influence. Des images et des talismans représentaient les attributs des sept planètes,

  1. Diodore de Sicile (t. I, l. II, p. 142-145) a jeté sur leur religion le coup d’œil curieux mais superficiel d’un Grec. On doit estimer davantage leur astronomie ; car enfin ils s’étaient servis de leur raison, puisqu’ils doutaient que le soleil fût au nombre des planètes et des étoiles fixes.
  2. Simplicius (qui cite Porphyre), De cœlo, l. II, com. 46, p. 123 ; l. XVIII, ap. Marsham, Canon. chron., p. 474, qui doute du fait parce qu’il est contraire à ses systèmes. La date la plus ancienne des observations des Chaldéens, est de l’année 2234 avant Jésus-Christ. Après la conquête de Babylone par Alexandre, ces observations furent, à la prière d’Aristote, communiquées à l’astronome Hipparque. Quel beau monument dans l’histoire des sciences !