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a toutefois un mérite particulier : ce qu’on y lit des antiquités des nations peut être incertain ou fabuleux ; mais la géographie des pays barbares et les mœurs de leurs habitans y sont présentées avec détail et avec exactitude. Parmi ces peuples, les Francs étaient les seuls en état d’observer et de décrire à leur tour la métropole de l’Orient. [Ambassade de Luitprand.]L’évêque de Crémone, ambassadeur d’Othon-le-Grand, a décrit Constantinople telle qu’elle était vers le milieu du dixième siècle ; son style est plein de chaleur, sa narration vive, ses remarques sont piquantes ; et même les préjugés et les passions de Luitprand portent l’empreinte originale de la liberté et du génie[1]. C’est avec ce peu de matériaux, soit étrangers, soit tirés du pays, que je vais examiner l’aspect et la situation réelle de l’empire de Byzance, l’état des provinces et leurs richesses, le gouvernement civil et les forces militaires, les mœurs et la littérature des Grecs durant les six siècles qui se sont écoulés depuis le règne d’Héraclius jusqu’à l’invasion des Francs et des Latins.

Les thèmes ou les provinces de l’empire, et leurs limites à diverses époques.

Après le partage des provinces entre les fils de Théodose, des essaims de Scythes et de Germains inondèrent ces provinces et anéantirent l’empire de l’ancienne Rome. La faiblesse de Constantinople était dissimulée par l’étendue de ses domaines ; ses limites n’avaient point été attaquées, ou du moins

  1. La Legado Luitprandl episcopi Cremonensis ad Nicephorum Phocam, a été insérée par Muratori dans les Scriptores rerum italicarum, t. II, partie première.