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des tyrans de Bagdad en avait déjà dissipé les richesses imaginaires. [Danger de Bagdad.]Les prières du peuple et les sollicitations impérieuses du lieutenant des Bowides pressaient le calife de pourvoir à la défense de la ville. L’infortuné Mothi leur répondit qu’on l’avait dépouillé de ses armes, de ses revenus et de ses provinces, et qu’il était prêt à abdiquer une dignité qu’il se trouvait hors d’état de soutenir. L’émir fut inexorable ; on vendit les meubles du palais, et la misérable somme de quarante mille pièces d’or qu’ils produisirent fut employée sur-le-champ à satisfaire, à des fantaisies de luxe ; mais la retraite des Grecs dissipa les inquiétudes de Bagdad ; la soif et la faim gardaient le désert de la Mésopotamie, et l’empereur, rassasié de gloire et chargé des dépouilles de l’Orient, revint à Constantinople, où il étala, dans la cérémonie de son triomphe, une grande quantité d’étoffes de soie et d’aromates, et trois cents miriades d’or et d’argent. Cependant cet orage n’avait fait qu’abaisser la tête des puissances de l’Orient sans les détruire. Après le départ des Grecs, les princes fugitifs rentrèrent dans leurs capitales ; leurs sujets désavouèrent des sermens arrachés par la force ; les musulmans purifièrent de nouveau leurs temples, et renversèrent les idoles des saints et des martyrs de la religion chrétienne ; les nestoriens et les jacobites aimèrent mieux obéir aux Sarrasins qu’à un prince orthodoxe, et les melchites n’étaient ni assez forts ni assez courageux pour soutenir l’Église et l’état. De ces vastes conquêtes, Antioche, les villes de la