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ne fut arrête que par l’imprenable forteresse de Tripoli, située sur la côte de Phénicie. [Passage de l’Euphrate.]Depuis le règne d’Héraclius, les Grecs avaient à peine vu l’Euphrate au-dessous du mont Taurus ; Zimiscès passa ce fleuve sans obstacle, et l’historien doit imiter la promptitude avec laquelle il soumit les villes autrefois fameuses de Samosate, d’Édesse, de Martyropolis, d’Amida[1] et de Nisibis, ancienne limite de l’empire, aux environs du Tigre. Son ardeur était augmentée par le désir de s’emparer des trésors encore vierges d’Ecbatane[2], nom très-connu, et sous lequel un historien de Byzance a caché la capitale des Abbassides. La consternation des fuyards y avait déjà répandu la terreur de son nom ; mais l’avarice et la prodigalité

  1. Les noms corrompus d’Emeta et de Myctarsin, nous indiquent dans le texte de Léon le diacre les villes d’Amida et de Martyropolis (Miafarekin, voyez Abulféda, Géograph., p. 245, vers. Reiske). Léon dit en parlant de la première, urbs munita et illustris ; et de la seconde, clara atque conspicua opibusque et pecore, reliquis ejus provinciis urbibus atque oppidls longe præstans.
  2. Ut et Ecbatana pergeret Agarenorumque regiam everteret… aiunt enim urbium quæ usquam sunt ac toto orbe existunt felicissimam esse auroque ditissimam. (Léon le diacre, apud Pagi, t. IV, p. 34) Cette magnifique description ne convient qu’à Bagdad, et on ne peut l’appliquer ni à Hamadan (la véritable Ecbatane, d’Anville, Géographie ancienne, t. II, p. 237), ni à Tauris, qu’on a confondu ordinairement avec cette ville. Cicéron (pro lege Manilia, c. 4) donne le nom d’Ecbatane dans le même sens indéfini à la résidence royale de Mithridate, roi de Pont.