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Abaissement des califes de Bagdad. A. D. 936.

Rahdi, le vingtième des Abbassides et le trente-neuvième des successeurs de Mahomet, fut le dernier qui mérita le titre de commandeur des fidèles[1], le dernier (dit Abulféda) qui ait parlé au peuple et conversé avec les savans ; le dernier qui dans la dépense de sa maison ait employé la richesse et la magnificence des anciens califes. Après lui, les maîtres de l’Orient furent réduits à la plus abjecte misère ; ils se virent exposés aux outrages et aux coups réservés aux esclaves eux-mêmes. La révolte des provinces borna leur domaine à l’enceinte de Bagdad ; mais cette capitale renfermait toujours une multitude innombrable de sujets enorgueillis de leur fortune passée, mécontens de la position où ils se trouvaient alors, et accablés par les exactions d’un trésor autrefois enrichi des dépouilles et des tributs des nations.

  1. Hic est ultimus chalifah qui multum atque sæpius pro concione perorarit… fuit etiam ultimus qui otium cum eruditis et facetis hominibus fallere hilariterque agere soleret, Ultimus tandem chalifarum cui sumptus, stipendia, reditus, et thesauri, culinæ, cæteraque omnis aulica pompa priorum chalifarum ad instar comparata fuerint. Videbimus enim paulo post quam indignis et servilibus ludibriis exagitati, quam ad humitem fortunam, ultimumque contemptum abjecti fuerint hi quondam potentissimi totius terrarum Orientalium orbis domini. (Abulféda, Annal. moslem., p. 261.) J’ai rapporté ce passage, afin d’indiquer la manière et le ton d’Abulféda ; mais ce qu’on y trouve de formes latines appartient proprement à Reiske. L’historien arabe (p. 255, 257, 260, 261, 269, 283, etc.) m’a fourni les faits les plus intéressans de ce paragraphe.