Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 10.djvu/440

Cette page a été validée par deux contributeurs.


de l’Oxus ; et l’indépendance de ses successeurs, qui gouvernèrent en maîtres le Khorasan jusqu’à la quatrième génération, fut couverte par la modestie de leur conduite, le bonheur de leurs sujets et la sécurité où ils surent maintenir leur frontière. Ils furent supplantés par un de ces aventuriers si communs dans les annales de l’Orient, qui avait abandonné la profession de chaudronnier (d’où vient le nom de Soffarides) pour le métier de voleur. [Les Soffarides. A. D. 872-902.]Il se nommait Jacob, et il était fils de Leith ; il s’introduisit une nuit dans le trésor du prince de Sistan : mais ayant rencontré un morceau de sel qui le fit tomber, il le porta imprudemment à sa langue pour savoir ce que c’était. Le sel, parmi les Orientaux, est le symbole de l’hospitalité, et le pieux voleur se retira tout de suite sans rien prendre et sans faire de dégât. Ce fait si honorable pour Jacob ayant été découvert lui mérita son pardon et la confiance du prince. Il commanda d’abord l’armée de son bienfaiteur, combattit ensuite pour son propre compte ; il subjugua la Perse, et menaça la résidence des Abbassides. Il marchait vers Bagdad lorsqu’il fut arrêté par la fièvre. L’ambassadeur du calife demanda une audience ; Jacob le manda au chevet de son lit : il avait à côté de lui, sur une table, un cimeterre nu, une croûte de pain noir et une botte d’ognons. « Si je meurs, dit-il, votre maître n’aura plus de crainte ; si je vis, ce glaive décidera notre querelle ; si je suis vaincu, je reprendrai sans peine la vie frugale de ma jeunesse. » De la hauteur où il s’était élevé, la chute ne pouvait