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Et de Sicile. A. D. 827-878.

Un acte de sévérité superstitieuse occasionna la perte de la Sicile[1]. Un jeune homme qui avait enlevé une religieuse fut condamné, par l’empereur, à perdre la langue. Euphemius, c’était le nom du jeune homme, eut recours à la raison et à la politique des Sarrasins d’Afrique, et bientôt il revint dans son pays, revêtu de la pourpre impériale, accompagné de cent navires, de sept cents cavaliers et de dix mille fantassins. Ces troupes débarquèrent à Mazara, près des ruines de l’ancienne Selinune ; mais après quelques victoires partielles, les Grecs délivrèrent Syracuse[2] ; l’apostat fut tué durant le siége, et les Arabes se virent réduits à manger leurs chevaux. Ils furent secourus à leur tour par un puissant renfort des musulmans de l’Andalousie ; la partie occidentale, la plus considérable de l’île, fut soumise peu à peu ; et les Sarrasins firent du port commode de Palerme le siége de leur puissance navale et militaire. Syracuse garda environ cinquante ans la

  1. Δηλοι (dit le continuateur de Théophane, l. II, p. 51) δε ταυτα σαφεςατα και πλατικωτερον η τοτε γραφεισα Θεογνωςω και εις χειρας ελθο‍υσα ημων. Cette histoire de la perte de la Sicile n’existe plus. Muratori (Annali d’Italia, t. VII, p. 7, 19, 21, etc.) a ajouté quelques détails qu’il a tirés des Chroniques d’Italie.
  2. La pompeuse et intéressante tragédie de Tancrède conviendrait mieux à cette époque qu’à l’année 1005 qu’a choisie Voltaire. Je ferai un léger reproche à l’auteur d’avoir donné à des Grecs, esclaves de l’empereur de Byzance, le courage de la chevalerie moderne et celui des anciennes républiques.