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port à la chimie, les temples et les monastères de l’Égypte pouvaient conserver la tradition de quelques lumières ; la pratique des arts et des manufactures avait appris un grand nombre de procèdes utiles ; mais la science doit son origine et ses progrès au travail des Sarrasins. Les premiers, ils se servirent de l’alambic pour la distillation, et c’est d’eux que nous en est venu le nom ; ils analysèrent les substances des trois règnes ; ils observèrent les distinctions et les affinités des alkalis et des acides, et tirèrent des remèdes doux et salutaires des minéraux les plus dangereux. Cependant la transmutation des métaux et l’elixir d’immortalité furent les recherches dont la chimie arabe s’occupa le plus. Des milliers de savans virent disparaître leur fortune et leur raison dans les creusets de l’alchimie ; le mystère, la fable et la superstition s’unirent, dignes associés pour travailler à l’accomplissement du grand œuvre.

Défaut d’érudition, de goût et de liberté.

Cependant les musulmans s’étaient privés des plus grands avantages que donne la lecture des auteurs de la Grèce et de Rome ; je veux dire de la connaissance de l’antiquité, de la pureté de goût, et de la liberté de penser. Les Arabes, enorgueillis des richesses de leur langue, dédaignaient l’étude d’un idiome étranger. Ils choisissaient les interprètes grecs parmi les chrétiens qui leur étaient soumis ; ces interprètes faisaient leurs traductions quelquefois sur le texte original, plus souvent peut-être sur une version syriaque ; et les Sarrasins, après avoir publié dans leur langue un si grand nombre d’ouvrages sur