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temporelles et spirituelles ; et après avoir pourvu à leur dépense personnelle, qui se bornait aux nécessités de la vie, ils employaient scrupuleusement tout leur revenu à ces pieux desseins. La multitude des besoins et le défaut d’économie appauvrirent les Abbassides ; au lieu de se livrer aux grands objets de l’ambition, ils dévouaient à la recherche du faste et du plaisir leur temps, leurs sentimens et les forces de leur esprit. Des femmes et des eunuques usurpaient les récompenses dues à la valeur, et le camp royal se trouvait encombré par le luxe du palais. Les sujets du calife prenaient les mêmes mœurs. Le temps et la prospérité avaient calmé leur sévère enthousiasme ; ils cherchaient la fortune dans les travaux de l’industrie, la gloire dans la culture des lettres, et le bonheur dans la tranquillité de la vie domestique. La guerre n’était plus la passion des Sarrasins, et l’augmentation de la solde, des largesses souvent renouvelées, ne suffisaient plus pour séduire les descendans de ces braves guerriers, qui arrivaient en foule sous le drapeau d’Abubeker et d’Omar, attirés par l’espoir du butin et celui du paradis.

Introduction de la lecture parmi les Arabes. A. D. 754, etc. 813, etc.

Sous le règne des Ommiades, les musulmans bornaient leurs études à l’interprétation du Koran et à la culture de l’éloquence et de la poésie dans leur langue naturelle. Un peuple toujours exposé aux dangers de la guerre, doit estimer l’art de la médecine, ou plutôt l’art de la chirurgie ; mais les médecins arabes se plaignaient tout bas de voir l’exercice et la tempérance réduire à peu de chose le nombre