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de Grèce et d’Italie, soutenaient ou décoraient ces édifices. La salle d’audience était incrustée d’or et de perles ; et des figures d’oiseaux et de quadrupèdes d’un prix infini environnaient un grand bassin placé au centre. Dans un pavillon élevé, situé au milieu des jardins, se trouvait un de ces bassins ou fontaines si délicieuses dans les climats chauds ; mais qui, au lieu d’eau, était remplie du vif-argent le plus pur. Le sérail d’Abdalrahman, en comptant ses femmes, ses concubines et ses eunuques noirs, était composé de six mille trois cents personnes ; et lorsqu’il allait à l’armée, il était suivi de douze mille gardes à cheval portant des baudriers et des cimeterres garnis en or[1].

Effets de cette magnificence sur le bonheur public et le bonheur des individus.

Dans une condition privée, la pauvreté et la subordination répriment sans cesse nos désirs ; mais un despote dont les volontés sont aveuglément suivies, dispose de la vie et du travail de millions d’hommes toujours prêts à satisfaire sur-le-champ ses fantaisies. Une si brillante position nous éblouit, et quels que soient les conseils de la froide raison, il en est peu parmi nous qui se refusassent opiniâtrement à essayer des plaisirs et des soins de la royauté. Il peut donc être de quelque utilité d’indiquer sur

  1. Cardonne, Hist. de l’Afr. et de l’Esp., t. I, p. 330-336. La description et les gravures de l’Alhambra, qui se trouvent dans les Voyages de Swinburne (p. 171-188, en angl.), donnent une juste idée du goût et de l’architecture des Arabes.