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donnait à Damas : ils furent massacrés indistinctement en dépit des lois de l’hospitalité : on dressa la table sur leurs corps, et les gémissemens de leur agonie augmentèrent la bonne humeur des convives. L’issue de la guerre civile établit solidement la dynastie des Abbassides ; mais les chrétiens furent les seuls qui dussent triompher du résultat de ces haines et des pertes qu’avaient éprouvées les disciples de Mahomet[1].

Révolte de l’Espagne. A. D. 755.

Cependant si les suites de cette révolution n’eussent pas porté atteinte à la force et à l’unité de l’empire des Sarrasins, une génération aurait suffi pour remplacer tous les musulmans qu’avait moissonnés la guerre civile. Dans la proscription des Ommiades, Abdalrahman, jeune Arabe du sang royal, avait échappé seul à la fureur de ses ennemis : on le poursuivit des rives de l’Euphrate aux vallées du mont Atlas. Son arrivée dans le voisinage de l’Espagne ranima le zèle de la faction des Blancs. Jusqu’ici les Persans s’étaient mêlés seuls de la cause des Abbassides ; l’Occident n’avait point eu de part à la guerre civile, et les serviteurs de la famille détrônée

  1. Voyez Abulféda (Annal. moslem., p. 136-145), Eutychius (Annal., t. II, p. 392, vers. Pococke), Elmacin (Hist. Saracen., p. 109-121), Abulpharage (Hist. dynast., p. 134-140), Roderic de Tolède (Historia Arabum, c. 18, p. 33), Théophane (Chronographie, p. 356, 357, qui parle des Abbassides sous les noms de Χωρασανιται et de Μαυροφοροι) et la Biblioth. d’Herbelot, articles Ommiades, Abbassides, Mærwan, Ibrahim, Saffah, Abou-Mosleim.