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ne savaient pas refuser[1]. [Exemples de générosité.]On trouve dans les camps des Arabes cette hospitalité que pratiquait Abraham et que chantait Homère. Les féroces Bédouins, la terreur du désert, reçoivent, sans examen et sans hésitation, l’étranger qui ose se confier à leur honneur et mettre le pied dans leurs tentes. On le traite avec amitié, avec égards. Il partage la richesse ou la pauvreté de son hôte, et lorsqu’il s’est reposé, on le remet sur son chemin, avec des actions de grâces, des bénédictions, et peut-être des présens. Les Arabes montrent une cordialité encore plus généreuse à ceux de leurs frères et de leurs amis qui se trouvent dans le besoin ; les traits héroïques qui, parmi eux, ont mérité les éloges de toutes les tribus, sont de ceux sans doute qui sortaient, même à leurs yeux, des bornes étroites de la prudence et de l’usage commun. On disputait pour savoir lequel des citoyens de la Mecque surpassait les autres en générosité : on s’adressa, pour les éprouver, à trois d’entre eux, parmi lesquels se balançaient les suffrages. Abdallah, fils d’Abbas, parlait pour un voyage éloigné ; il avait déjà le pied dans l’étrier, lorsqu’un pèlerin se présentant à lui, lui adressa ces paroles ; « Fils de l’oncle de l’apôtre de Dieu, je suis un voyageur, et je me trouve dans le besoin. » Abdalla descendit au même instant, offrit au suppliant son chameau, avec son riche équipage et une bourse de quatre mille pièces d’or ; il n’excepta que son épée, soit parce

  1. Sale, Discours prélim., p. 29, 30.