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de Charles avait écrasé trois cent cinquante ou trois cent soixante-quinze mille musulmans[1], tandis que les chrétiens n’avaient pas perdu plus de quinze cents hommes à la bataille de Tours ; mais ces contes incroyables sont suffisamment démentis par ce qu’on sait de la circonspection du général français, qui craignit les pièges et les hasards d’une poursuite, et qui renvoya dans leurs forêts ses alliés de la Germanie. L’inaction d’un vainqueur annonce qu’il a perdu de ses forces et vu couler beaucoup de son sang, et ce n’est pas au moment du combat, c’est au moment de la fuite des vaincus que se fait le plus grand carnage. Cependant la victoire des Francs fut complète et décisive : Eudes reprit l’Aquitaine : [Ils se retirent devant les Français.]les Arabes ne songèrent plus à la conquête des Gaules, et Charles Martel et ses braves descendans les repoussèrent bientôt au-delà des Pyrénées[2]. On est

  1. Ce sont les calculs de Paul Warnefrid, diacre d’Aquilée (De gestis Langobard., l. VI, p. 921, édit. de Grot.), et d’Anastase, bibliothécaire de l’Église romaine (in vit. Gregorii II) ; ce dernier parle de trois éponges miraculeuses, qui rendirent invulnérables les soldats français qui se les étaient partagées. Il paraîtrait qu’Eudes, dans ses lettres au pape, usurpa l’honneur de la victoire ; c’est le reproche que lui font les annalistes français, qui l’accusent faussement à leur tour d’avoir appelé les Sarrasins.
  2. Pépin, fils de Charles Martel, reprit Narbonne et le reste de la Septimanie, A. D. 755 (Pagi , Crit., t. III, p. 300). Trente-sept ans après, les Arabes firent une incursion dans cette partie de la France, et ils employèrent les captifs