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très-éloignée et inaccessible ; mais les musulmans avaient asservi la plus grande partie de la zone tempérée ; les Grecs se trouvaient épuisés par les calamités de la guerre, par la perte de leurs plus belles provinces, et la chute précipitée de la monarchie des Goths pouvait faire trembler les Barbares de l’Europe. Je vais développer les causes qui préservèrent la Bretagne et la Gaule du joug civil et religieux du Koran, qui protégèrent la majesté de Rome et différèrent la servitude de Constantinople ; qui donnèrent de la vigueur à la défense des chrétiens, et jetèrent parmi les mahométans des semences de division et de faiblesse.

Premier siége de Constantinople par les Arabes. A. D. 668-675.

Quarante-six ans après la fuite de Mahomet, ses disciples parurent en armes sous les murs de Constantinople[1] ; ils étaient animés par le mot véritable ou supposé du prophète, que la première armée qui assiégerait la ville des Césars obtiendrait le pardon de ses péchés : les Arabes voyaient d’ailleurs la gloire de cette longue suite de triomphes des pre-

  1. Théophane place les sept années du siége de Constantinople à l’année 678 de l’ère chrétienne (premier septembre 665 de l’ère d’Alexandrie), et la paix des Sarrasins quatre années après ; et c’est une contradiction manifeste que Pétau, Goar et Pagi (Critica, t. IV, p. 63, 64) se sont efforcés de faire disparaître. Parmi les Arabes, Elmacin place le siége de Constantinople à l’an 52 de l’hégyre (A. D. 672, janvier 8), et Abulféda, dont je regarde les calculs comme les plus exacts, et le témoignage comme le plus digne de foi, à l’année 48 (A. D. 668, le 20 février).