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Destruction de la monarchie des Goths. A. D. 711.

Le comte Julien s’était plongé si avant dans le crime et l’infamie, qu’il n’avait plus d’espoir que dans la ruine totale de son pays. Après la bataille de Xérès, il conseilla au général sarrasin les opérations qui devaient terminer la conquête de la manière la plus sûre. « Le roi des Goths a péri, lui dit-il ; leurs princes sont en fuite, l’armée en déroute, la nation épouvantée : envoyez des détachemens s’assurer des villes de la Bœtique ; mais quant à vous, marchez en personne et sans délai à la ville royale de Tolède, et ne laissez pas aux chrétiens troublés le loisir ou le repos nécessaire à l’élection d’un nouveau monarque. » Tarik adopta cet avis. Un prisonnier romain qui avait embrassé l’islamisme et que le calife lui-même avait affranchi, attaqua Cordoue avec sept cents cavaliers ; il passa le fleuve à la nage et surprit la ville ; les chrétiens retirés dans la grande église se défendirent plus de trois mois. Un autre détachement soumit la côte méridionale de la Bœtique, qui, à la dernière époque de la puissance des Maures, formait le petit mais populeux royaume de Grenade. Tarik se porta du Bœtis vers le Tage[1] ; en traversant la Sierra Morena, qui sépare l’Andalousie de

  1. M. Swinburne a employé soixante-douze heures et demie à se rendre sur des mules de Cordoue à Tolède, par le chemin le plus court. La marche lente et détournée d’une armée doit prendre plus de temps. Les Arabes traversèrent la province de la Manche, dont la plume de Cervantes a fait une terre classique pour les lecteurs de toutes les nations.